Castelmoron d’Albret, village d’Histoire(s)

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 » Entre Monségur et Sauveterre, à une égale distance d’environ un myriamètre, est la très petite ville de Castelmoron, qui existait assez longtemps avant le règne des Edouards, rois d’Angleterre et ducs de Guyenne. Une ancienne tradition donne à penser que Castelmoron fut, après le règne de Charlemagne, un réduit ou château bâti par quelques Maures ou Sarrasins d’Espagne, qui restèrent dans la contrée, et se convertirent à la foi catholique. Cette origine supposée n’est point sans vraisemblance; car les Maures convertis qui s’établirent en petit nombre dans la province de Guyenne, et quoique nouveaux chrétiens, furent obligés de vivre entre eux, parce qu’ils étaient regardés comme lépreux; et peut-être quelques-uns de ces chrétiens Maures ou Sarrasins construisirent-ils le réduit de Castelmoron, château du Maure ou des Maures, comme ils construisirent à Saint-Emilion, près de Libourne, une bourgade appelée Villa-Morina, Villa-Morine, dont on ne découvre que de faibles traces, mais dont le nom subsiste encore dans la mémoire héréditaire des habitants du pays. »

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Ainsi présentait-on Castelmoron d’Albret dans le IXème volume du bulletin polymathique du Museum d’instruction publique de Bordeaux en 1811.

Voisine des cantons de Pellegrue et de Sauveterre de Guyenne, la plus petite commune de France par la taille (3, 54 hectares), se situe sur le canton de Monségur. Le bourg ancien perché sur une colline compte un certain nombre de maisons hautes en pierre formant un site défensif qui jouait son rôle au moyen-âge. Le nom de la commune (« Castel ») évoque la présence d’un château dont subsistent une tour, un mur d’enceinte ou encore une porte fortifiée.

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De l’histoire de Castelmoron, on sait notamment que le seigneur de Castelmoron  était au Xème siècle un vassal du prieur de Saint-Pierre de La Réole (Regula) tel qu’on l’apprend dans le cartulaire du prieuré: « de même le seigneur de Castelmoron doit l’hommage au prieur pour le fief qu’il tient dans la ville de la Réole ». La présence au XIIème siècle de templiers dans la cité entraîne le renforcement des murailles défensives.

L’un des premiers propriétaires connus est Elie Rudel, désigné par le pape en 1218 comme seigneur de Castelmoron. Un courrier du 26 avril 1254 nous apprend que Henri III s’engage à rendre à Elie Rudel le château de Castelmoron.

Lors de la guerre de cent ans, et en particulier au XIVème siècle, le château et les fortifications sont partiellement détruits. Castelmoron devient cependant en 1556 l’une des quatre sénéchaussées (juridiction d’un Sénéchal, officier royal chargé de justice)  du duché d’Albret, avec sous son autorité près de 80 paroisses, et est rattachée à la couronne lorsque Henri IV est fait roi en 1594. Dès lors, Castelmoron est le témoin des tensions populaires, chargé de recevoir les plaintes et réclamations de sa juridiction. Comme exemple on peut citer une délibération de la jurade de Castelmoron datée du 30 octobre 1715 qui constate la détresse des habitants éloignés des deux fleuves navigables (Dordogne et Garonne), ne possédant pas de marché et dont le village se dépeuple, qui ont eu à supporter une grêle violente ayant détruit les champs de blé et les vignes.

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En 1775, alors que la France est en prise aux soulèvements du Tiers Etat, la sénéchaussée de Castelmoron est attaquée par des paysans comme l’explique Henri J. Briand*: « A l’aube du dit matin, plus de cinq cent paysans, armés de pioches, de faux, de hâches et de fourches, vociférant des cris de mort et de haine contre le Sénéchal, pénétrèrent dans la cité par l’escalier de « Ripe-cul » au haut duquel se trouvait la demeure du Sénéchal. Ce dernier, épouvanté, s’enfuit accompagné de ses serviteurs et gens d’armes, par le chemin des douves. Les locaux libérés et laissés à la vindicte du peuple, la porte de la sénéchaussées fut enfoncée sans difficulté. Les manifestants s’engagèrent alors dans les lieux et s’emparèrent des livres comptables, des rôles et des autres imprimés qu’ils brûlèrent avec les feuilles d’avertissement sur place, face à la demeure, aujourd’hui transformée en halle d’école après avoir été un marché aux grains ».

Dans les cahiers de doléances de la Sénéchaussée de Castelmoron d’Albret édités lors des Etats généraux de 1789, l’article 5 du cahier du Tiers-Etats mentionne:  » L’impôt doit être considéré comme une constitution envers l’Etat, pour la conservation du citoyen en particulier; aucun n’en doit être exempt; les privilèges de la naissance, ceux attachés à l’habitation et aux charges distinctives ne prescrivent point contre le droit naturel. Toutes les communautés se sont réunies à demander la suppression de toute espèce de privilège […] ».

La révolution balayant l’ancien régime féodal, un nouveau découpage aministratif centré sur La Réole remplace la sénéchaussée de Castelmoron d’Albret, devenant d’abord chef-lieu sous le nom de « Roc-Marat » puis qui sera finalement rattachée au canton de Monségur.

Aujourd’hui petit hameau charmant d’environ 70 habitants, Castelmoron conserve des traces de son passé avec ses galeries en bois suspendues, ses rues pavées, ses portes d’anciens bâtiments officiels, son église remaniée ou encore son temple protestant caché. A l’image de Monségur et de ses alentours, Castelmoron d’Albret a aussi vraisemblablement accueilli des populations gavaches comme en témoignent des noms de villas ou encore certains détails d’architecture.

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